Interview d’Antoine Flahault : « Tourner un MOOC, une nouvelle expérience pédagogique »

Le cours d’Antoine Flahault «Lutter contre les Maladies Emergentes Infectieuses » débutera le 10 février. Co-directeur du Centre Virchow-Villermé de santé publique Paris Berlin, Antoine Flahault est avant tout un professeur passionné et engagé. Il suffit de jeter un œil à son blog ou de suivre son compte twitter. Ce professeur y défend les sujets qui lui tiennent à cœur avec conviction. Le MOOC est un terrain d’expérimentation pour cet enseignant, curieux de tester de nouveaux formats pédagogiques mais aussi de se laisser surprendre par les questions et possibilités qu’ils engendrent. Nous partageons avec vous dans cette interview les propos échangés avec ce professeur en santé publique au dynamisme contagieux. Nous revenons plus particulièrement sur l’expérience d’Antoine Flahault sur le tournage de son MOOC. Il partage ainsi de précieux conseils aux professeurs qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure ! Découvrez également la suite de cette interview dans l’article Interview d’Antoine Flahault : « Un MOOC réussi sera un MOOC où le professeur sera très discret. » (prochainement mise en ligne)  Vous êtes le co-directeur du Centre Virchow-Villermé de santé publique Paris-Berlin. Pourquoi avoir choisi de développer des MOOCs ? Le Centre Virchow-Villermé est une initiative intergouvernementale franco-allemande. En 2013, le conseil des ministres français et allemands, lors de leur réunion annuelle, a décidé de prendre la santé publique comme priorité dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche. D’où la création du Centre Virchow-Villermé en juin 2013, avec une antenne à Paris reliée à Sorbonne Paris Cité et une autre à Berlin en lien avec la Charité. Entre Paris et Berlin, nous ne pouvions pas imaginer des cours en santé publique dans un format présentiel habituel. Il y avait donc une véritable place pour l’enseignement numérique. Un enseignement ouvert, innovant à la frontière permanente avec la recherche nous a paru intéressant. Il permet ainsi de s’interroger et de concevoir de nouvelles solutions technologiques, sociales, pédagogiques et économiques également.

Nous souhaitons voir bénéficier cet enseignement à la santé publique aussi bien à des professionnels de santé de nos deux pays, qu’à tous ceux qui peuvent bénéficier en tout premier lieu d’un enseignement massif ouvert, en ligne et gratuit. Les MOOCs nous ont semblé une solution particulièrement pertinente, sans que cela ne soit du dogmatisme ou du militantisme.

Comment s’est passé le tournage du MOOC «  Lutter contre les Maladies Emergentes Infectieuses » qui débutera le 10 février ?

Le tournage du MOOC n’a pas été une expérience solitaire ce qui est loin d’être habituel dans l’enseignement. Préparer un cours se fait souvent seul, dans son bureau, dans le train. Parfois, les idées trottent dans la tête pendant des semaines avant que ne s’élabore le cours. De plus, c’est une démarche qui est extrêmement peu « challengée » et peu soumise à la critique de ses pairs.

Le tournage du MOOC n’a pas été une expérience solitaire ce qui est loin d’être habituel dans l’enseignement.

Ici, cela a été une expérience profondément différente. Nous étions trois enseignants de Sorbonne Paris Cité à tourner nos MOOCs au même moment. Nous écoutions les MOOCs des uns et des autres. Des réunions communes d’ingénierie pédagogique ont aussi été organisées. Les ingénieurs de l’INRIA du MOOCLab, qui ont réalisés avec nous les MOOCs, étaient extrêmement impliqués. Concevoir un MOOC donne l’impression d’être en permanence soumis à la critique. Mais celle-ci ne provient plus de vos étudiants mais de vos collègues. Lors du tournage, nous avons eu à refaire des séquences entières, car un ingénieur, un cameraman, un collègue disait que ce que nous racontions n’était pas clair ou peu cohérent avec ce qui précédait. Quels éléments vous ont le plus surpris par rapport à la démarche pédagogique habituelle en présentiel ? Les MOOCs sont des plateformes extrêmement évolutives. Ce que nous faisons aujourd’hui, nous ne le ferons certainement pas de la même façon, ne serait-ce l’année prochaine ! La méthode pédagogique a été profondément différente. Par exemple, avec des vidéos de séquences courtes, il est nécessaire de répéter un peu son texte. Ce que je ne fais pas dans mes cours habituels. Il faut faire passer un message en quelques minutes, en regardant l’œil de la caméra. Il est donc impossible de lire. C’est un exercice difficile car les professeurs sont souvent très bavards et ont l’habitude de prendre du temps pour répéter une même idée et faire passer des notions importantes.  Quels conseils donneriez-vous à un enseignant souhaitant se lancer dans la réalisation d’un MOOC ? « Faites le cours dans lequel vous serez le plus confortable et le plus à l’aise ! » C’est ce que j’ai proposé à l’ensemble de mes collègues pour réaliser les premiers MOOCs du Centre Virchow-Villermé. Il faut savoir que, malgré cela, faire un MOOC demande énormément de travail. Pour 10 heures de tournage (5 séances), il faut compter 100 heures de travail effectif avant le démarrage du MOOC, soit trois mois de travail à mi-temps. Mais peut-être que d’autres professeurs iront plus vite.

« Faites le cours dans lequel vous serez le plus confortable et le plus à l’aise ! »

Il est en tout cas important que l’enseignement soit le plus vivant possible. J’ai toujours l’impression que nous sommes plus à l’aise avec un champ que l’on connaît bien et où on a de l’expertise. Cela permet d’apporter beaucoup plus à ses étudiants. Or, un des éléments importants dans la relation professeur-apprenants est la générosité du professeur. Et celle-ci est d’autant plus facile que vous avez à donner !

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