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Entretien avec Gilles Dowek : les coulisses de la plateforme FUN avec le Mooc Lab

La plateforme FUN s’animera prochainement avec ses 25 MOOCs, qui débuteront dès janvier 2014. Déployer une infrastructure nationale pour accueillir ces MOOCs et offrir les éléments nécessaires à leur bon déroulement n’est pas une mince affaire. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, à l’initiative de FUN, a décidé de faire appel au Mooc Lab d’Inria pour mettre en place une telle plate-forme. Nous avons eu la chance de rencontrer Gilles Dowek, responsable du Mooc Lab. Il nous a fait part du passé déjà riche de cette toute jeune équipe, créée en mai dernier. Leurs projets de recherche autour des MOOCs laissent apercevoir des thématiques passionnantes à la croisée de l’informatique et de la pédagogie.

 

2 Octobre 2013 : la plateforme FUN est ouverte. Mise en place par France Université Numérique, elle a pour but d’héberger, de coordonner et de donner de la visibilité aux cours conçus par des professeurs d’universités et écoles françaises. Ce sont plus de 25 MOOCs qui seront lancés, pour les premiers, dès début janvier 2014. Déployer une telle infrastructure pour accueillir des MOOCs à l’échelle nationale, mais aussi permettre leur bon déroulement pour les étudiants comme pour les professeurs est loin d’être une mince affaire. C’est pour cela que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a fait appel à des acteurs institutionnels pour l’accompagner dans cette démarche. C’est ainsi qu’un 18 juin 2013, le projet du Mooc Lab d’installer une plate-forme est passé du statut de projet interne à celui de projet d’envergure nationale.

Gilles Dowek est le responsable de cette toute jeune équipe dynamique d’Inria. Le centre Vichow-Villermé travaille en collaboration avec le Mooc Lab depuis ses débuts pour construire ses 4 premiers MOOCs de santé publique. Nous avons souhaité interviewer Gilles, pour en savoir plus sur le Mooc Lab, sa jeune mais riche histoire mais aussi ses projets de recherche passionnants sur cette nouvelle thématique phares des MOOCs…

Pouvez- vous vous présentez ainsi que l’équipe du Mooc Lab ?

Je suis chercheur à Inria, et je partage mon temps entre l’équipe Deducteam et le Mooc Lab. De manière générale, j’ai toujours partagé mon temps entre une activité de recherche, aujourd’hui dans Deducteam, et une activité au service de la communauté : enseignement, vulgarisation,  management, etc. aujourd’hui dans le Mooc Lab.

Créé en mai dernier, Le Mooc Lab est formé d’une dizaine de personnes. Une moitié de l’équipe a un profil de développeur, l’autre moitié est plus centrée sur les question de pédagogie, mais bien entendu la frontière n’est pas étanche et c’est, au contraire, aux interfaces que se passent les choses les plus intéressantes : la force de l’équipe est sa diversité. Nous avons la volonté d’apprendre ensemble en corrigeant, petit à petit, nos erreurs, d’autant plus qu’aucun membre du Mooc Lab n’est à l’origine expert des MOOCs, même si beaucoup ont enseigné et réfléchi aux questions d’enseignement.

Pouvez-vous nous expliquer la genèse et les missions de cette jeune équipe notamment les différentes actions réalisées avec FUN (France Université Numérique) ?

Le Mooc Lab a été crée au sein d’Inria le 1er mai 2013. Notre feuille de route comprenait quatre axes. Le premier concernait la réalisation de MOOCs. Les deux suivants, l’installation d’une plate-forme et son développement. Le dernier axe portait sur les activités de recherche à développer autour de la thématique des MOOCs. Pour le premier de ces axes, la réalisation de contenus, nous avions choisi, dès le début de travailler avec le Centre Virchow-Villermé, car il nous paraissait intéressant d’apprendre à faire des MOOCs au contact de professeurs de disciplines différentes des nôtres, l’informatique et les mathématiques, et de croiser des approches pédagogiques variées. Pour le deuxième axe, nous avions entrepris l’installation d’une instance d’OpenEdX, à l’époque dénommé InMooc.

Cette première feuille de route a évolué six semaines plus tard à la suite d’un rendez-vous décisif au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, où nous avons décidé  d’installer la plate-forme FUN pour le Ministère. Le projet interne InMooc s’est donc transformé en projet national.

Comment s’est déroulé le déploiement d’une telle plate-forme malgré des délais assez courts (juin- octobre 2013)

Le site FUN a en effet été ouvert le 2 octobre 2013. Le déploiement s’est donc effectué en à peine quelques mois. L’installation de cette plate-forme a cependant demandé beaucoup de travail. En effet, une telle plate-forme nécessite des serveurs puissants et disponibles 24h sur 24h. Chaque université ne pouvait donc pas héberger localement sa propre instance et il était nécessaire de coopérer avec un hébergeur de Cloud. OpenEdX était conçu pour fonctionner sur le Cloud d’Amazon, mais cela ne nous convenait pas, car nous voulions absolument que les données des étudiants soient hébergées chez un opérateur public et français. Nous avons donc, collectivement, décidé de faire appel au CINES (Centre Informatique National de l’Enseignement Supérieur.) Cela nous a demandé d’adapter la plate-forme afin qu’elle puisse fonctionner sur un autre hébergeur de Cloud qu’Amazon. Pour les vidéos, un problème similaire s’est posé. OpenEdx était conçu pour fonctionner avec Youtube, mais nous voulions héberger nos vidéos chez Dailymotion. Nous avons donc à nouveau du adapter la plate-forme. Enfin RENATER, qui fournit un accès à Internet aux Universités et centres de recherche, a été également impliqué, car une plate-forme de MOOC génère beaucoup de trafic et il fallait s’assurer que le réseau était dimensionné pour cela.

Pourquoi avoir choisi de reprendre le code open source d’OpenEdX ?

Nous avons installé et testé plusieurs plate-formes et notre choix s’est porté sur OpenEdx, à l’origine développé par EdX, c’est-à-dire par Harvard et le MIT. D’une part OpenEdX répondait à nos besoins, d’autre part, une licence open source était essentielle afin que, au delà de cette installation, nous puissions participer au développement de la plate-forme. Enfin, la communauté OpenEdx est l’une des plus importantes, ce qui nous ouvre d’intéressantes possibilités de coopération.

Dans une plate-forme open source, les informations sont aussi mieux maîtrisées ce qui donne une garantie supplémentaire de sécurité pour les données des étudiants. Ces données sont, en effet, beaucoup plus sensibles que des données venant de réseaux sociaux par exemple. Quand on enseigne, on apprend énormément de choses sur les capacités d’un étudiant et ces données doivent être contrôlées par les étudiants eux-mêmes. Ce sont les étudiants, et personne d’autre, qui doivent décider de les communiquer à une entreprise ou un chasseur de têtes. Ces questions de sécurité et de protection de la vie privée sont d’ailleurs de nouveaux problèmes de recherche que les MOOCs font émerger.

Maintenant que la plate-forme FUN est livrée, nous revenons à notre feuille de route initiale qui comprend la réalisation de contenus, la participation au développement de la plate-forme openEdX et des actions de recherche sur ce type de sujets.

En quoi vont consister ces recherches sur les MOOCs ?

Elles sont nombreuses et très différentes les unes des autres. Une première dimension concerne ces questions de sécurité, de protection de la vie privée et d’authentification lors d’un examen. Une autre l’interaction homme-machine : comment utiliser les formidables opportunités qu’offre l’informatique pour sortir de la pédagogie frontale où un enseignant est filmé en train de faire un cours. Cela est essentiel pour certaines disciplines, par exemple en géométrie, où il faut que les élèves dessinent eux-mêmes des figures. Une troisième dimension est la correction automatique et l’apprentissage personnalisé où les potentialités du machine learning sont immenses.

Nous avons prévu d’organiser un premier séminaire de recherche sur ce dernier sujet le 13 janvier 2014. Ce séminaire est avant tout pour nous l’occasion de lancer des coopérations avec des chercheurs extérieurs à Inria.  De telles coopérations nous semblent essentielles pour comprendre comment tirer partie des multiples possibilités qu’offre l’informatique et inventer l’enseignement du XXIe siècle.

 

Merci à Anneliese Depoux et Gilles Dowek pour les relectures attentives.
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